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L’HOMMAGE DE DENIS À DEBUSSY

En cette année du centenaire de la disparition de Claude Debussy (1862-1918) de très nombreuses manifestations invitent à mieux connaître et apprécier son œuvre. Saint-Germain-en-Laye, ville natale du compositeur, y prend largement part. Maurice Denis, autre saint-germanois célèbre, est de ceux qui ont très tôt voulu rendre hommage au musicien et faire vivre sa mémoire. Son témoignage dans les années vingt, dont nous citons ici quelques extraits, se veut celui des amis et des plus anciens admirateurs de Debussy.


« La première fois que je le rencontrai, c’était en 1892, dans la boutique de l’Art Indépendant, rue de la Chaussée d’Antin : une librairie où paraissaient à la même époque les premiers ouvrages d’André Gide et de Pierre Louÿs, où se vendaient à un public fort restreint les œuvres de début de Henri de Régnier, de Francis Vielé-Griffin, de Maurice Maeterlinck, les lithographies d’Odilon Redon, et les poèmes de Stéphane Mallarmé, au milieu d’un fatras de publications théosophiques et symbolistes. Je faisais une lithographie pour orner la première édition de la Damoiselle Élue, que Debussy rapportait de Rome, au grand scandale de l’Institut.
Quand j’entends un de ces accords fluides, onduleux, voluptueux, ces tendres et savoureuses dissonances, ces nuages impressionnistes, ces bouffées de sonorités inattendues, et cette cantilène troublante et caressante dont il a été l’inimitable inventeur, c’est toute notre jeunesse qui me remonte à la tête et au cœur, ce sont tous les souvenirs du petit cénacle symboliste où son art a pris naissance qui parfument et illuminent sa mémoire. [...]
Le rêve d’art que nous partagions alors avec Debussy, c’est Pelléas qui l’a réalisé pour la postérité. L’esthétique symboliste, cette poésie de l’intuition − l’intuition chère à M. Bergson qui lui aussi à cette époque débutait − cet art d’évoquer et de suggérer, au lieu de raconter et de dire, ce lyrisme intégré que les poètes et les artistes s’efforçaient de faire passer dans leurs ouvrages, cet admirable mouvement idéaliste de 1890, c’est Debussy qui en aura fixé les acquisitions essentielles, c’est le génie de Debussy qui les aura imposés au monde. Il restera dans l’avenir le plus incontestable et le plus glorieux représentant de l’art et de l’esthétique symbolistes.
Je rencontrais aussi Debussy chez Ernest Chausson, le cher grand musicien dont je ne puis prononcer le nom sans émotion, et chez le peintre Henry Lerolle. Là fréquentaient aussi Charles Bordes, Pierre de Bréville, Paul Dukas, Vincent d’Indy et ce délicieux Raymond Bonheur qui a tant aimé Debussy. C’était l’avant-garde intellectuelle de la Musique, c’était la Société Nationale, le groupe des élèves de Franck. La mort a fauché parmi ceux-là, mais je suis leur fidèle interprète à tous, vivants et morts, en apportant ici le témoignage de leur pieuse sympathie et de leur admiration. »

Maurice Denis


Maurice Denis, frontispice pour La Damoiselle Élue.



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Musée départemental Maurice Denis

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